Meunier review: Weimann, Few

Concert baroque pour le temps des fêtes au MCO.

Sous la direction du claveciniste Alexander Weimann et avec la participation du trompettiste virtuose Guy Few, le Manitoba Chamber Orchestra a célébré le temps des fêtes avec un programme de musique baroque léger et divertissant, le 13 décembre 2017.

Le concert a débuté par une belle exécution en première mondiale de Ritornello du compositeur winnipegois David Raphael Scott, une commande du Conseil des arts du Manitoba. Cette œuvre a été conçue pour accompagner le Concerto brandebourgeois no 2 de Bach, dernière œuvre au programme du concert. La pièce d’une dizaine de minutes est inspirée du 2 e mouvement du concerto, qui ne comprend pas de trompette. Elle est construite selon la forme baroque de la ritournelle, une cellule mélodique qui est reprise à répétition. Selon la tradition baroque, l’orchestration fait appel à deux groupes d’instruments, un petit et un plus grand, qui dialoguent. Le petit groupe était formé de trois solistes du MCO, Karl Stobbe, violon, Rachel Kristenson, violon et Caitlin Broms-Jacobs, hautbois, qui ont donné une très belle performance. Le lien entre cette pièce et le concerto de Bach, à part son caractère baroque, n’était pas évident, sauf peut- être pour ceux qui en ont une connaissance approfondie. On aurait dû, en présentant la pièce, faire jouer quelques extraits pertinents du 2 e mouvement du concerto par l’orchestre pour en faciliter la compréhension. Ce n’en fut pas moins une pièce agréable à écouter.

Le Concerto pour corno de caccia en ré bémol majeur est l’œuvre la plus connue du compositeur tchèque Johann Baptist Georg Neruda, généralement jouée dans sa version ultérieure pour trompette. Neruda était un violoniste et violoncelliste de bonne réputation au 18 e siècle. Il a fait d’abord carrière à Prague puis à Dresden, en Allemagne, à compter de 1741 ou 1742. Il a composé une centaine d’œuvres, dont plusieurs figuraient au catalogue d’éditeurs réputé, mais dont la majorité sont maintenant perdues. Il a rapidement sombré dans l’oubli.

Guy Few est un trompettiste qui fait partie d’une classe à part pour son exceptionnelle virtuosité, sa polyvalence (il joue de plusieurs instruments et est un excellent pianiste) et pour son sens inné du spectacle. Nous gardons un souvenir impérissable de sa performance du 9 janvier 2013, alors qu’il a donné la réplique à Marc-André Hamelin dans une interprétation époustouflante du Concerto No. 1 pour piano, trompette et orchestre à cordes de Dimitri Chostakovitch, les deux solistes jouant brillamment avec une joyeuse complicité. Il a de nouveau ébahi l’auditoire lors d’un spectacle qu’il a présenté avec la formidable bassoniste Nadina Mackie Jackson, particulièrement dans une interprétation à couper le souffle d’une transcription pour basson, piano et trompette de la Danse no 1 de la Suite pour orchestre de jazz n°2 de Chostakovitch, jouant simultanément de la trompette de la main droite et du piano de la main gauche à un rythme très rapide, sans faire une seule fausse note.

Guy Few a interprété le concerto de Neruda sur un cor de chasse qui a été fabriqué par la compagnie Thein Brass, de Brème en Allemagne, qui lui est généreusement prêté par l’Université de l’Oregon. Cet instrument avec quatre pistons n’est pas exactement une réplique des cors de chasse naturels (sans pistons) en usage lorsque Neruda a composé le concerto, Le son aigu et clair de l’instrument correspond cependant probablement au son des cors de l’époque. Few a fait son entrée en scène en portant bien en vue le magnifique instrument de cuivre qui rutilait sous les projecteurs. Il a interprété le concerto avec son habituelle virtuosité, projetant un son clair et précis, avec un souffle et une musicalité remarquables. Les mouvements allegro et vivace étaient électrisants, le largo empreint de sensibilité et de douceur. Il a été accompagné à la perfection par l’orchestre.

La première partie s’est terminée par une charmante exécution du Concerto grosso fait pour la nuit de Noël d’Arcangelo Corelli. Dirigeant du clavecin, Alexander Weimann nous a semblé avoir peu d’impact sur l’interprétation, l’orchestre pouvant très bien jouer cette musique sans chef. Malheureusement le clavecin sur lequel jouait M. Weimann projetait un son à peine audible. Il aurait fallu prévoir une amplification du son pour qu’on puisse entendre les passages joués sur cet instrument.

Le concert a repris par la présentation du Concerto grosso en do mineur de Georg Friedrich Haendel. Encore une fois l’orchestre a démontré sa parfaite maîtrise du répertoire baroque avec une interprétation d’une musicalité exceptionnelle qui a enchanté l’auditoire. Le problème de la sonorité du clavecin n’a pas été corrigé pendant l’entracte, de sorte que seules quelques notes entendues ici et là nous ont fait réaliser qu’il y avait une partie de clavecin.

Le concert s’est terminé par une brillante et joyeuse interprétation du Concerto brandebourgeois no 2 en ré majeur de Jean Sébastien Bach, avec Guy Few à la trompette. Les six concertos brandebourgeois sont ainsi nommés en référence à la dédicace de l’œuvre à Christian Ludwig, margrave (marquis) de Brandeburg, une ville de Prusse. Bach avait rencontré le margrave à Berlin en 1719, où son mécène le prince Léopold, dont il était le maître de chapelle à Anhalt- Cöthen, l’avait envoyé pour acheter un clavecin pour son orchestre. Le margrave lui demanda de lui envoyer quelques exemples de ses compositions, demande à laquelle Bach donna suite en 1721 avec une dédicace très révérencieuse. Les concertos ne semblent pas avoir impressionnés le marquis et ne furent vraisemblablement jamais joués à Brandeburgh. Au décès du margrave en 1734, les manuscrits furent déposés à la bibliothèque de Berlin. Ils ont été édités pour la première fois en 1850, à l’occasion du centenaire du décès de Bach. Mais ce n’est que dans les années 1930, alors que la musique baroque, qui était passée à l’oubli pendant la période romantique, est réapparue au répertoire des grands orchestres modernes que les Concertos brandebourgeois sont devenus populaires. Éventuellement, l’étude plus approfondie de la musique ancienne a conduit à des interprétations plus authentiques de cette musique, avec de plus petits orchestres et même des instruments d’époque.

Chaque concerto est différent. Le 2 e comporte quatre solistes : la flûte (Laura MacDougall), le hautbois (Caitlin Broms- Jacobs) la trompette (Guy Few) et le violon (Karl Stobbe), chacun contribuant une part à peu près égale en durée et en niveau de difficulté. Même si Guy Few était le centre d’attention, tous ont joué avec brio. La trompette est silencieuse pendant le bref deuxième mouvement (affettuoso) mais domine par sa virtuosité dans l’allegro final. Ce fut un feu d’artifice musical qui a ébahi l’auditoire.

Manitoba Chamber Orchestra
Le 13 décembre 2017, Westminster United Church, Winnipeg
Alexander Weimann, clavecin et chef
Guy Few, trompette

Ritornello
David Raphael Scott
Commande du Conseil des arts du Manitoba, Première mondiale

Concerto pour corno de caccia en mi bémol majeur
Johann Baptist Georg Neruda

Concerto grosso op. 6, no 8 en sol mineur, “de Noël”
Arcangelo Corelli

Concerto grosso en do mineur, op.6, no 8
Georg Friedrich Haendel

Concerto brandebourgeois no 2 en ré majeur, BWV 1050
Jean Sébastien Bach

— by Pierre Meunier
Chroniqueur musical, La Liberté