La Liberté review: Karl Stobbe; Frontier Fiddlers

Les violons dansent et chantent au MCO

Les Frontier Fiddlers ont fait dansé leurs violons et les membres du MCO ont fait chanter les leurs dans un programme entièrement consacré au violon présenté par le Manitoba Chamber Orchestra le 14 février 2017.

L’ensemble des Fontier Fiddlers regroupe des jeunes musiciens et musiciennes talentueux choisis parmi les élèves de la Frontier School Division du Manitoba. Cette division scolaire administre 41 écoles sur un territoire représentant 75% de la

superficie du Manitoba, principalement dans des petites communautés isolées qui ne sont accessibles que par bateau, hydravion, chemin de fer ou routes hivernales, situées à des centaines de kilomètres les unes des autres. Elle est la plus vaste du Manitoba et du Canada. Les Frontier Fiddlers ne constituent pas un ensemble permanent, les jeunes étant sélectionnés selon les saisons et les endroits où ils sont invités à jouer. Leur répertoire est consacré principalement à la gigue traditionnelle de la Rivière Rouge. Ils ont été invités au Festival des trappeurs de Le Pas, au Festival du voyageur de Saint-Boniface, à de nombreux congrès du domaine de l’éducation au Manitoba et au Canada et ont joué pour la Reine Élizabeth lors de sa dernière visite à Winnipeg en 2010.

En ouverture de programme, ces jeunes, provenant pour une grande part de communautés autochtones, ont interprété avec fierté et enthousiasme quelques gigues de leur répertoire. Disciplinés et concentrés, ils ont joué avec un même esprit et dans l’unité. Ils ont ensuite été rejoints par l’orchestre pour la première mondiale de Water Circle, du compositeur canadien Jim Hiscott, une commande du Manitoba Chamber Orchestra avec l’aide du Conseil des arts du Manitoba, pour être créée par le MCO et les Frontier Fiddlers.

Hiscott a toujours été inspiré par les violons métis pendant les 30 ans qu’il a vécu au Manitoba, autant pour la musique qu’il joue à son accordéon à boutons que celle qu’il compose. Cette œuvre est aussi inspirée d’une récente expérience qu’il a vécue au Lac des Bois, qui baigne l’Ontario, le Manitoba et le Minnesota. Il a observé cinq plongeons huards qui ont formé un cercle serré tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. Après quelques minutes ils se sont séparés et ont tous plongé, sans doute pour attraper un poisson. Puis deux ont émergé et se sont élancés sur l’eau pour prendre leur envol typique pendant que les trois autres les observaient. Il s’est interrogé sur le sens de cette danse en cercle : un rituel de pêche? Que c’était-il passé sous l’eau?

Water Circle comprend deux nouveaux reels, un en deux parties, l’autre en trois, reliés par des évocations des huards. Menés par le violon solo Karl Stobbe, les deux ensembles en ont donné une superbe interprétation, les Frontiers Fiddlers s’imposant dans les reels alors que les musiciens du MCO ont joué avec un soupçon d’humour les passages évoquant le chant et les ébats des huards.

La soirée s’est poursuivie sans la participation des jeunes fiddlers. La première partie s’est terminée avec une très belle exécution du Concerto pour violon no 2 en mi majeur, BWV 1042, de J. S. Bach, Karl Stobbe jouant la partie solo et menant l’orchestre. Une adaptation d’un concerto pour clavecin, c’est une œuvre d’une magnifique écriture, comme toutes les œuvres de Bach. Deux vifs allegros encadrent un très bel adagio en forme de choral.

Le Divertimento pour orchestre à cordes de Béla Bartók a complété le programme. Cette œuvre, commandée par le chef d’orchestre suisse Paul Sacher, a été composée en août 1939, alors que Bartók séjournait au chalet de Sacher dans les Alpes suisses. L’œuvre s’apparente davantage au concerto grosso baroque qu’au divertissement classique mozartien. L’orchestre est divisé en deux sections, une grande et une petite, qui interagissent. Les premier et troisième mouvements allegro sont inspirés de danses hongroises. L’adagio central est plus sombre et pathétique, reflétant sans doute l’inquiétude de Bartók à l’approche de la Deuxième Guerre mondiale, qui le forcera à s’exiler aux États-Unis en août 1940.

Il est toujours impressionnant de voir et entendre un orchestre jouer sans chef. Les musiciens ont alors la possibilité de collaborer ensemble à l’interprétation des œuvres plutôt que de suivre les directives du chef d’orchestre. Ils doivent demeurer constamment en communication les uns avec les autres, en se regardant et en s’écoutant, pour maintenir l’unité: précision des attaques, maintien du rythme, harmonisation de l’interprétation. Menés discrètement par Karl Stobbe, ils ont donné une exécution de toute beauté.


Manitoba Chamber Orchestra
Le 14 février 2017, Westminster United Church, Winnipeg
Karl Stobbe, meneur et soliste
The Frontier Fiddlers

Traditionnel
Reels de la Rivière-Rouge

Water Circle
Jim Hiscott

Jean-Sébastien Bach
Concerto pour violon no 2 en mi majeur, BWV 1042

Divertimento pour orchestre à cordes
Béla Bartók

Pierre Meunier
Chroniqueur musical, La Liberté