La Liberté review, Yoo

La Liberte review

Soirée inoubliable avec Scott Yoo et le Manitoba Chamber Orchestra

Invité à diriger le Manitoba Chamber Orchestra, le violoniste virtuose Scott Yoo a ébahi l’auditoire par un concert sublime, le 28 octobre 2014, notamment dans une interprétation d’anthologie des Quatre saisons de Vivaldi, dont il était aussi le soliste.

Rarement a-t-on entendu une aussi impressionnante interprétation des célèbres concertos pour violon Les Quatre saisons d’Antonio Vivaldi. Scott Yoo joue avec beaucoup de virtuosité et est très expressif. Il a amené l’orchestre à l’accompagner à son rythme et avec engagement. On a senti une parfaite unité d’intention et d’exécution entre le soliste et l’orchestre. Son interprétation est très personnelle et se distingue de celles qu’on entend généralement. Cette musique était une grande célébration de la vie, des beautés et des forces de la nature.

Le premier concerto évoque d’abord le réveil de la nature au printemps, avec l’arrivée des premiers oiseaux aux chants joyeux et le murmure des ruisseaux qui recommencent à couler. La musique est très expressive. On imagine le scintillement des multiples couleurs primevères sous les chauds rayons du soleil. Cette atmosphère vivante et joyeuse est subitement interrompue par un orage violent. Joué avec puissance sur un rythme endiablé, ce tableau décrivant les forces déchaînées du tonnerre, du vent et de la pluie donnait des frissons. Une fois le calme revenu, les oiseaux ont repris leurs envols et leurs chants joyeux. Un promeneur accompagné de ses chiens fait une pause et chantonne un air doucereux en se laissant caresser par une chaude brise. Faisant chanter son violon avec limpidité et justesse, Scott Yoo a joué cet air d’une manière sublime. Apparaissent finalement des nymphes et des bergers célébrant l’arrivée du printemps dans une danse légère et allègre, interprétée sur un rythme vif et dans une atmosphère festive.

L’enchantement s’est poursuivi pour la suite des trois autres concertos. Scott Yoo peint des tableaux musicaux aux couleurs subtiles, aux atmosphères émouvantes et dont les lignes et les formes ont du mouvement. Allégorie de l’été où languissent hommes et troupeaux sous la chaleur torride, agacés par les mouches et les taons, alors que chantent les oiseaux et que s’approche un orage menaçant. Images de l’automne, saison des récoltes abondantes pour le plus grand bonheur des paysans, qui peuvent enfin se reposer et aller la chasse. Scènes hivernales où la nature couverte de neige et de glace incite à se rassembler près du feu pendant que dehors soufflent des vents froids et qu’une pluie glaciale tombe à torrents. L’auditoire dont l’attention a été tenue captive du début à la fin est ébahi.

Scott Yoo nous a avait révélé son grand talent de direction dans une très belle interprétation, en première mondiale, de Everything That Rises, une œuvre du compositeur winnipegois Randolph Peters, commandée par le Conseil des arts du Manitoba. Peters a été inspiré par le concept du point Oméga, énoncé par Pierre Teilhard de Chardin, un philosophe jésuite de la première partie du XXe siècle. Selon ce concept, tout ce qui s’élève converge vers un point qui serait l’accomplissement final de l’évolution de l’humanité. La musique créé une ambiance cosmique, où les lignes s’élancent, se courbent, s’entrecroisent et se fusionnent dans un accord final qui semble disparaître dans l’infini. C’est une musique sur laquelle on pourrait faire un ballet et qui a peut-être inspiré le chorégraphe Peter Quanz, qui était présent au concert.

Scott Yoo a ensuite dirigé avec finesse et beaucoup de charme la Suite anglaise, une œuvre posthume du compositeur anglais Sir Hubert Parry, complétée, mise en ordre et éditée par son élève et assistante Emily Daymond. C’est une suite légère de danses et d’airs folkloriques dont Scott Yoo a magnifiquement mis en relief les rythmes joyeux et les belles mélodies.

Comme nous l’avons mentionné, on a senti dans toutes les pièces une unité d’intention et d’exécution entre le chef, très exigeant sur le rythme et l’expressivité, et l’orchestre, qui ne comprenait que les cordes et un clavecin. Les musiciens ont donné une prestation de très grande qualité. Les solistes, Karl Stobbe, violon solo, Kerry DuWors, second violon, Daniel Scholz, alto, et Desiree Abbey, violoncelle, ont joué de façon remarquable.

Ce fut un concert magnifique, grandement apprécié par l’auditoire qui a chaleureusement applaudi chaque pièce et longuement ovationné Scott Yoo et l’orchestre à la fin de la soirée. Si la qualité de l’enregistrement pour archives le permettait, c’est un concert d’une telle qualité que le MCO devrait considérer en faire un disque. Les mélomanes apprécient en effet les enregistrements réalisés devant public et non retouchés, pour leur plus grande authenticité.

Manitoba Chamber Orchestra
28 octobre 2014, Westminster United Church, Winnipeg
Scott Yoo, chef et violon

Everything That Rises
Randolph Peters

Suite anglaise
Sir Hubert Parry

Les Quatre saisons
Antonio Vivaldi

Pierre Meunier